PARCOURS
L'adrénaline du jeudi soir
Marie, 66 ans, fonctionnaire à la retraite, trois enfants. Un salaire correct, un découvert chaque mois en quelques jours, et un geste plus vieux qu'elle ne le pensait.
« J'ai honte, mais après je dis que la honte, il faut la laisser, parce qu'autrement, avec la honte, on ne s'en sortirait jamais. »
Marie, extrait brut, non retouché
Le 2 janvier 2015, Marie sort de l'hôpital le poignet plâtré. Une chute, une opération, une ordonnance à honorer. Elle se présente à la pharmacie pour acheter ses médicaments et tend sa carte. Rien ne se passe. La carte ne fonctionne plus, son banquier refuse le paiement. Elle est en congé maladie, son salaire de fonctionnaire tombe pourtant chaque mois, régulier, assuré — et elle ne peut pas payer une ordonnance.
Elle rentre chez elle et se pose enfin la question qu'elle repoussait. Début février, elle prend la décision d'aller chercher un dossier de surendettement à la Banque de France.
Elle savait la procédure possible — on en parle à la télévision, dans les journaux. Ce qu'elle ne savait pas encore, c'est à quel point elle en aurait besoin. Fonctionnaire, salaire garanti, aucune inquiétude sur l'emploi : rien, sur le papier, ne désignait quelqu'un promis au surendettement.
« Si je savais que j'avais de l'argent sur mon compte, c'est que je pouvais le dépenser. »
Marie
Comment se retrouve-t-on à ne plus pouvoir payer ses médicaments, quand un salaire correct tombe chaque mois ?
Au service social de son quartier, Marie dépose son dossier devant une travailleuse sociale qu'elle n'a jamais rencontrée. Avant même de parler chiffres, elle prévient : « je sais que j'y ai pas droit, mais je vais quand même faire le dossier. » Elle gagne correctement sa vie. Elle s'attend à ce qu'on la renvoie.
« Je sais que j'y ai pas droit, mais je vais quand même faire le dossier. »
Marie
La travailleuse sociale ne la renvoie pas. « Ce n'est pas une question de sous et de moyens », lui répond-elle, et elle remplit le dossier avec elle. Quinze jours plus tard, les dettes de Marie sont suspendues le temps que la Banque de France négocie un plan de remboursement sur cinq ans. Quand elle revoit une deuxième travailleuse sociale, la réponse est différente : « ce n'est pas possible d'avoir un salaire comme ça et un dossier de surendettement. » Le dossier tient quand même — mais Marie retient la leçon : la même situation, selon la personne en face, devient soit un droit, soit un soupçon.
Elle connaît une autre femme, dans son entourage, qui a fait la même démarche — sans salaire, celle-là, sans rien pour rembourser. À elle, la Banque de France a effacé les dettes entièrement. Deux niveaux de la même procédure, pour deux vies qui n'ont en commun que d'avoir laissé l'argent leur échapper. Marie s'en souvient comme d'une preuve : la honte qu'elle traînait n'avait jamais eu de rapport avec ce qu'elle gagnait.
Un geste plus vieux que le découvert
Marie a perdu son père tôt. Sa mère, seule avec six enfants, ne savait pas quoi faire d'elle : elle l'a mise en pension. Marie a négocié une chose : rentrer le jeudi, jour de remplacement du mercredi, le seul où elle revoyait sa famille. Le jeudi soir, avant de retourner à l'internat, il y avait un geste qui revenait : aller chercher de l'argent dans le porte-monnaie de sa mère. Une sorte d'adrénaline, dit-elle, « un bon stress ». Sa mère ne disait jamais rien, alors que toute la famille était au courant.
Avec cet argent, Marie achetait des bonbons, parfois de quoi fabriquer des ballons, et les ramenait à ses camarades de pension. C'est elle-même qui a fini par arrêter ce geste, seule, sans qu'on le lui demande — et sans jamais poser la question à sa mère.
Pourquoi le même geste est revenu, adulte
Devenue adulte, Marie retrouve le même schéma, sans le reconnaître : dès que la paie tombait, le premier ou le deuxième jour, elle achetait des robes, des vêtements — pour elle. Le plaisir venait avant le calcul ; le regret, un peu de mensualités plus tard. Puis des crédits sont venus rembourser d'autres crédits, avec cette mécanique du crédit renouvelable qui affiche une réserve disponible et pousse à la débloquer : « on vous dit vous avez 500 euros, donc vous les débloquez. »
Ce que dit la recherche
Le psychiatre français Alain Dervaux, dans une synthèse publiée en 2008 dans la revue Perspectives Psy, décrit l'achat compulsif comme prenant le plus souvent racine dans l'enfance : une relation parent-enfant marquée par un manque affectif, où la personne cherche, plus tard, à combler ce vide par l'objet ou par l'acte d'achat lui-même — pas par calcul, et pas par accident comptable. Le geste soulage un instant précis, avant que le compte, lui, n'encaisse la suite.
Dervaux, A. (2008). Les achats compulsifs. Perspectives Psy, 47(1), 22-26.
Personne, à l'époque, n'a fait le lien entre le porte-monnaie de sa mère et les robes achetées le jour de paie. Marie non plus. Le lien, elle ne le fera qu'en reprenant ses comptes des années plus tard, avec quelqu'un pour les regarder avec elle.
Ce que Cédric a changé
C'est en plein dossier de surendettement, en 2015, que Marie contacte Plénit'Finances. Cédric la reçoit d'abord en présentiel, puis par vidéo, puis par téléphone. Il lui apprend à faire un budget, à catégoriser ses dépenses — pendant qu'elle rembourse en parallèle loyers et crédits sur le plan négocié avec la Banque de France. Elle regarde ses comptes chaque semaine, le rendez-vous avec Cédric tombe une fois par mois.
Elle dit avoir appréhendé chaque séance, longtemps, en se demandant comment elle allait expliquer telle ou telle dépense. Les comptes, glisse-t-elle, sont « le catalogue d'une vie » : impossible d'y raconter n'importe quoi. Mais Cédric ne l'a jamais reprise avec dureté.
« Il ne m'a jamais tapée, il ne m'a jamais gueulée, il ne m'a jamais jugé. »
Marie
Elle n'en a parlé à personne pendant les cinq années qu'a duré la procédure — ni à sa mère, ni à son compagnon, ni vraiment à ses amis. Ses enfants, eux, ont fini par savoir. Une fois, bien après le dossier soldé, elle a testé une carte à débit différé — l'argent magique, celui qui ne se voit qu'un mois plus tard. Cédric l'a prévenue : « si vous continuez comme ça, j'arrête. » Elle a arrêté son geste avant lui.
La lecture du coach budgétaire
Soixante-six ans, un dossier de surendettement soldé depuis dix ans, et Marie règle toujours ses comptes une fois par mois avec son coach. Ce n'est pas un défaut de guérison : c'est la reconnaissance qu'un rapport à l'argent construit à dix ans ne se referme pas au même rythme qu'un plan de remboursement sur cinq ans.
Le rendez-vous mensuel ne sert plus à vérifier des chiffres qu'elle sait désormais très bien lire elle-même. Il sert à ce qu'un regard extérieur reste posé sur un geste ancien — celui-là même qui a permis à Marie d'interrompre une rechute en un mois, avant qu'elle ne s'installe comme les précédentes.
Ce qu'elle a gagné
Plus de la moitié → 0
du salaire englouti chaque mois en agios, avant la procédure
5 ans
de plan de remboursement, intégralement tenu
10 ans
de coaching budgétaire avec Cédric, toujours en cours aujourd'hui
Aujourd'hui à la retraite, sans crédit revolving, Marie épargne 100 euros par mois pour des vacances qu'elle prend chaque été au Maroc, chez son compagnon, hors saison touristique. Elle a refait un crédit une fois, en 2017, pour compléter une pension à 80 % — mais avec son banquier, en pleine conscience, remboursé jusqu'en 2025. Rien à voir, dit-elle elle-même, avec les crédits qui s'enchaînaient autrefois sans qu'elle en mesure la suite.
Tout n'est pas résolu à parts égales. Avec son compagnon, les comptes restent séparés, et la question du budget à deux demeure, dit-elle, « très, très difficile » à aborder — un sujet qu'elle sait éviter alors même qu'elle a appris à tout regarder en face ailleurs. Ses trois enfants, en revanche, ont grandi en gérant leur argent à l'inverse d'elle : loyer payé en premier, prêts rendus dans les temps. Elle y voit, dit-elle, le contre-exemple qu'elle leur a malgré tout offert.
« J'ai fait un travail sur moi pendant cinq ans qui était super, quoi. »
Marie
Elle sait qu'elle pourrait, en théorie, gérer seule désormais. Elle continue quand même, et le dit sans grand mystère.
« J'ai encore besoin d'une béquille pour ça. »
Marie
Trois choses à retenir de ce parcours, si le vôtre lui ressemble un peu :
- Un salaire correct ne protège de rien. Marie était fonctionnaire, assurée d'être payée chaque mois, et s'est retrouvée à rembourser en agios plus de la moitié de ce salaire. Le surendettement n'est pas une affaire de revenus.
- Prenez rendez-vous avant que la carte ne soit refusée. Trente minutes avec un coach Plénit, sans engagement, suffisent à regarder la situation en face — avant l'épisode qui force la main.
- Remontez jusqu'à l'origine du geste, pas seulement jusqu'au relevé. Pour Marie, le déclic n'est venu qu'en reliant un réflexe d'enfance à une habitude d'adulte. Le budget seul ne fait pas ce travail-là ; le regard d'un tiers, régulièrement, y aide.
30 minutes.
Aucun jugement.
Un coach regarde votre situation avec vous. Il vous dit ce qui coince — et si Plénit peut vous aider.
L'épisode complet
Écouter Marie raconter son parcours
L'entretien dure une trentaine de minutes. Il y est question d'un poignet cassé, d'une pension, d'un porte-monnaie et de dix ans de rendez-vous mensuels.