PARCOURS

Apprendre le solfège pour jouer ce qui plaît

Cécile, orthophoniste en libéral près de Lyon, mère de deux ados. Diagnostiquée à son tour, un an après son fils. Sept ans avec le même coach, pour apprendre à dépenser l'argent que ses parents avaient mis de côté sans jamais s'en servir.

Extrait — Podcast Plénit, épisode 17 avec Cécile0:00

« Il me dit : vous voyez, mon travail et le budget, c'est un peu comme la musique. C'est pas apprendre le solfège pour apprendre le solfège, c'est apprendre le solfège pour pouvoir jouer des morceaux qui nous plaisent. »

Cécile, extrait brut, non retouché

C'est l'anniversaire de sa sœur, un été, dans le coin où la famille passe toujours ses vacances. Ils décident d'aller au restaurant pour une fois. Ils cherchent, comparent, hésitent : à chaque adresse, c'est trop cher. Ils finissent par renoncer et rentrent dîner dans la caravane. Sa mère sort une boîte de conserve de maïs et la vide dans une assiette, dégoûtée. Personne ne dit rien.

Cécile raconte cette scène des années plus tard, et c'est celle qui revient quand on lui demande ce que ses parents lui ont transmis sur l'argent. Ses grands-parents avaient accumulé. Ses parents avaient fait fructifier, garagiste et cheminot, sans jamais gagner gros, mais en épargnant toujours. Il restait, dans cette généalogie à trois étages, une place déjà écrite pour elle : la génération qui dépense. Elle ne voulait pas de ce rôle. Elle a fini par en payer un autre prix.

Sa mère est morte en 2020. L'argent était là, au bout du compte. Le restaurant, non. « C'est dommage qu'ils n'en aient pas profité un peu plus avant », dit Cécile aujourd'hui, en ajoutant aussitôt que la vie leur a peut-être donné raison d'avoir gardé cette réserve. Elle ne tranche pas. Elle a juste vu, très tôt, ce qu'une prudence poussée jusqu'au bout peut coûter.

« Il faut faire avec ce qu'on a. C'est la qualité de vie, mais les moyens de ses ambitions et les ambitions de ses moyens : il faut que ça soit corrélé, pour ne pas générer de frustration. »

Cécile

Combien faut-il avoir mis de côté pour s'autoriser enfin à le dépenser ?

Cécile n'est pourtant pas quelqu'un qui dépense sans compter. En libéral, ses revenus varient d'un mois à l'autre ; elle avait déjà bricolé un système avant de connaître Plénit, un salaire fixe qu'elle se versait, et un livret A qui absorbait les écarts. Une assistante sociale l'avait aidée un temps, pour le reste à vivre et les charges contraintes, mais « le libéral, elle ne connaissait pas ». Ce n'était pas l'organisation qui manquait à Cécile. C'était le droit de s'en servir pour elle.

Enfant, il y avait une règle chez elle : pas deux plaisirs le même jour. Un mercredi, elle demande à sortir du collège pour aller au McDo et au cinéma avec des copines. Refusé : son père voulait un samedi McDo, un autre samedi cinéma, jamais les deux ensemble — « ça fera une bonne moyenne ». Elle avait appris, sans le vouloir, que le plaisir se rationne et se paie en culpabilité, même quand l'argent ne manque pas.

Deux enfants, deux façons de rater

Cécile a essayé de transmettre autre chose à ses propres enfants, et le résultat lui montre qu'il n'y a pas de recette unique. Son fils, à qui l'on donnait de l'argent de poche chaque semaine, ne s'y est jamais fait : il se sentait « fliqué », et surtout, avec dix euros en poche, il en dépensait vingt. Sa fille fait l'inverse : elle épargne systématiquement les dix euros qu'on lui donne, au point de culpabiliser à l'idée de s'offrir quelque chose. « Si j'avais fait la moyenne de mes deux enfants, ça aurait été parfait », dit Cécile, mi-amusée, mi-lasse.

Ce grand écart entre son fils et sa fille lui a servi de miroir, un an après coup : le diagnostic posé sur son fils à 17 ans — trouble de l'attention avec hyperactivité — a précédé le sien d'un an. Elle n'a jamais présenté l'impulsivité de son fils comme une faute de caractère depuis. Elle a eu plus de mal à se l'accorder à elle-même.

Le diagnostic n'a rien réglé du jour au lendemain, ni pour l'un ni pour l'autre. Comprendre qu'un trouble explique une part de l'impulsivité ne suffit pas à la faire disparaître : elle a fallu à Cécile un burn-out, un traitement, et sept ans de rendez-vous mensuels pour que le mot mis sur la difficulté serve à quelque chose de concret dans son budget, plutôt que de rester une explication qu'on se donne après coup.

Il y a même eu un effet qu'elle n'attendait pas. Quand le traitement de son burn-out a fait reculer son anxiété, son impulsivité, elle, est réapparue : une peluche trop belle achetée sans réfléchir, puis la question qui suit — pourquoi celle-là, pourquoi maintenant. L'anxiété qu'on soigne n'est pas neutre pour un budget : parfois elle tenait lieu, sans le dire, de garde-fou.

La lecture du coach budgétaire

Un diagnostic tardif rend des choses lisibles a posteriori ; il ne rejoue pas les années qui ont précédé. Ce que Cécile décrit n'est pas un blocage à lever une bonne fois, mais un profil à accompagner dans la durée, avec des ajustements qui reviennent : un traitement qui change l'équilibre entre anxiété et impulsivité, un outil qu'on garde parce qu'en changer coûterait plus cher que ce qu'il ferait gagner.

Un héritage familial d'épargne-sacrifice, plaqué tel quel sur une vie différente, ne se transmet pas mieux qu'un budget ne se copie-colle d'un enfant à l'autre. Ce qu'on cherche, avec quelqu'un comme Cécile, ce n'est pas à corriger un excès de prudence hérité, ni un trouble de l'attention diagnostiqué à 40 ans. C'est un point d'équilibre qui lui est propre, et qui n'a pas de raison de ressembler à celui de ses parents.

Ce qu'elle a gagné

7 ans

avec le même coach, sans interruption, divorce et burn-out compris

0 €

demandé à ses parents pendant le divorce, malgré la tentation

1,5 mois

de dépenses en réserve de précaution, constituée à son rythme

Le divorce a fait vaciller les comptes pendant un temps : avocate à payer, deux enfants aux soins non remboursés élevés, un cabinet en libéral qui ne garantit rien d'un mois sur l'autre. Cécile a tenu sans jamais demander d'aide à ses parents, alors même qu'une part d'héritage était arrivée entre-temps et qu'elle aurait pu s'y servir plus largement. Elle a préféré la garder comme un filet, pas comme un robinet.

Elle a aussi ouvert ce qu'elle appelle une « tirelire plaisir », un compte à part destiné à la poterie, à des cours de guitare et de batterie, aux ateliers manuels qui la « regonflent ». Avant, chaque virement vers ce compte la faisait hésiter. Depuis un séjour au ski qu'elle n'osait pas s'accorder et pour lequel son coach lui a simplement dit qu'elle avait les réserves, elle culpabilise moins à l'idée de le remplir.

« Je suis fière de ne pas m'être cassé la figure à ce moment-là, de ne pas avoir frappé — toc, toc, toc — papa, maman, j'ai besoin de sous parce que j'y arrive pas. »

Cécile

Elle est aussi restée fidèle à un outil que son coach n'utilise plus lui-même : après trois mois d'essai sur son nouveau système, il a vu que ça ne lui convenait pas et l'a laissée sur l'ancien. Ce détail, elle y revient souvent, presque plus que sur les chiffres.

« J'aurais jamais parié que je trouverais de l'humanité avec quelqu'un qui manie autant de chiffres. »

Cécile

Trois choses à retenir de ce parcours, si le vôtre lui ressemble un peu :

  1. Avoir appris à économiser dans l'enfance ne dit rien de ce qu'on saura faire de son argent adulte. Cécile a grandi dans une famille très économe et s'est quand même retrouvée dans le rouge, sans comprendre pourquoi, au moment de sa séparation.
  2. Un accompagnement doit s'ajuster à vous, pas l'inverse. Trente minutes avec un coach Plénit, sans engagement, suffisent à savoir si votre outil, votre rythme, votre histoire trouvent une place dans la méthode — ou s'il faut l'adapter.
  3. Se faire plaisir a un prix, budgetez-le comme le reste. Une réserve dédiée, séparée du reste, évite d'avoir à se justifier à chaque dépense qui ne sert qu'à soi.

30 minutes.
Aucun jugement.

Un coach regarde votre situation avec vous. Il vous dit ce qui coince — et si Plénit peut vous aider.

L'épisode complet

Écouter Cécile raconter son parcours

L'entretien dure une quarantaine de minutes. Il y est question de divorce, d'une boîte de conserve de maïs, de tirelires virtuelles et d'un trouble de l'attention découvert un an après celui de son fils.