PARCOURS

Ce qui manquait n'était pas l'argent

Anna, 59 ans, scénariste indépendante, mère d'un fils adolescent. Ses revenus vont de zéro à vingt mille euros selon les mois. Ce n'est jamais ça qui lui a manqué.

Extrait — Podcast Plénit'Finances, avec Anna0:00

« Ça m'est arrivé d'aller au restaurant avec des amis, et de prétendre que j'avais déjà mangé — parce que j'avais tellement peur de dépenser. Et de les regarder manger, alors que j'avais très faim. »

Anna, extrait brut, non retouché

Le téléphone sonne un soir où les calculs ne rentrent plus. Deux projets qui devaient la faire vivre jusqu'à la fin de l'année viennent de s'effondrer, à deux mois d'intervalle. L'inflation est passée par là aussi, dans la foulée de l'invasion de l'Ukraine. Au bout du fil, une amie, à qui elle vient d'annoncer qu'elle songe à revendre son appartement parisien pour tenir le choc. « T'es complètement stupide, lui répond l'amie. Paris, c'est ton avenir. »

Elle raccroche et prend sa décision en moins d'un mois : quitter l'appartement loué à La Rochelle, celui où son fils de 12 ans poursuit sa scolarité. Elle ne tergiverse jamais longtemps une fois la décision prise — elle compare ça au judo, à l'art d'accompagner la chute plutôt que de la retarder. Sa banque, prudente, lui coupe presque toute trésorerie au même moment, malgré des années de feuilles d'imposition sous les yeux. Le mur, elle l'a vu arriver. Vraiment vu.

Elle gagne pourtant bien sa vie. C'est même l'un de ses meilleurs arguments face à la banque. Ça ne change rien à ce qui vient de se passer.

« Je tremblais tellement. Je me disais : est-ce que je suis en train de faire quelque chose de totalement fou, que je vais regretter ? »

Anna, à propos d'un chèque de 250 000 € signé quelques années plus tôt

Comment peut-on bien gagner sa vie, et ne jamais savoir ce qu'il en reste ?

Elle a essayé de gérer ça seule, longtemps. Une des premières règles, en cas de coup dur, c'est d'appeler son banquier tout de suite. Anna le savait. Elle ne le faisait pas. Décrocher le téléphone pour prévenir d'un découvert lui donnait des sueurs froides, une sensation physique qu'elle n'arrivait pas à s'expliquer.

« Je n'osais pas parler à mon banquier. Ça me donnait des sueurs froides. Je le vivais comme si j'appelais mon père, une autorité. »

Anna

Un modèle qu'elle a fui

Quand sa mère s'est remariée, Anna a grandi avec un beau-père terrifié par les comptes : il refaisait ses calculs quinze fois par jour, tableaux à l'appui, et surveillait chaque ligne du compte joint jusqu'au dernier des trois euros. Elle a vu ce que ça faisait à sa mère, ce qu'elle appelle du flicage. Elle en a tiré une règle inverse, prise très jeune : personne, jamais, ne mettrait le nez dans ses comptes.

« Je déteste qu'on mette le nez dans mes comptes. J'ai une amie qui me dit qu'on peut regarder ensemble, je dis non, surtout pas. Il y a du jugement derrière. »

Anna

Le prix mental de l'instabilité

Quand sa carrière de scénariste a décollé, Anna gagnait bien, parfois très bien. Elle le dit elle-même sans détour : certains mois zéro euro, d'autres vingt mille, selon les échéances de tournage et les diffusions. Et malgré ces revenus confortables par intermittence, la vision d'ensemble n'est jamais venue toute seule.

Ce que dit la recherche

Une équipe de chercheurs en économie comportementale, Anandi Mani, Sendhil Mullainathan, Eldar Shafir et Jiaying Zhao, a montré en 2013 dans la revue Science que la préoccupation financière chronique consomme une partie des ressources mentales disponibles, un peu comme un logiciel qui tourne en permanence en arrière-plan. Ce n'est pas le niveau de revenu qui use cette capacité, mais l'incertitude qui pèse dessus en continu. C'est justement cette charge qui empêche de prendre du recul et de construire une vision d'ensemble — même les mois où l'argent rentre bien.

Mani, A., Mullainathan, S., Shafir, E., & Zhao, J. (2013). Poverty Impedes Cognitive Function. Science, 341(6149), 976-980.

Vingt mille euros un mois n'effacent pas l'inquiétude du mois suivant, quand personne ne sait ce qui va tomber. C'est cette alternance, plus que le manque lui-même, qui occupait la place où aurait dû se loger une vue d'ensemble.

Ce que noter ne suffisait pas à faire

Anna n'est pas restée les bras croisés pendant ces années-là. Elle s'est procurée un des tout premiers logiciels de comptabilité grand public et y a consciencieusement saisi chaque dépense, année après année. Une discipline réelle, tenue seule, sans que personne ne le lui demande.

« Ça m'a un peu aidée. Sauf que ça ne me donnait pas de vision d'ensemble. Et j'oubliais quand même, même avec ce logiciel. »

Anna

Un oubli, sans marge de manœuvre pour l'absorber, et c'était l'interdiction bancaire — pas parce qu'elle dépensait n'importe comment, mais parce qu'aucune vue d'ensemble ne venait rattraper l'étourderie à temps. Un tableau qui enregistre chaque ligne ne construit pas pour autant une vue sur l'ensemble.

La lecture du coach budgétaire

Combien de dossiers arrivent en pensant qu'il leur manque de l'argent, alors qu'il leur manque une vue d'ensemble ? C'est plus fréquent qu'on ne le croit chez les indépendants aux revenus irréguliers : le montant qui rentre varie, mais l'angoisse, elle, ne varie pas avec lui.

Le premier rendez-vous compte autant que les suivants. Pas de tableau qui accuse, pas de question sur pourquoi telle dépense : juste un état des lieux, mois après mois, jusqu'à ce que les chiffres cessent d'être un verdict et deviennent un simple repère. Anna gagnait bien sa vie quand elle nous a contactés. Ce qui lui manquait ne s'achetait pas : une vision, et le droit de la regarder sans se flageller.

Ce qu'elle a gagné

0 € → 3 mois tenus

d'aucune épargne de précaution à un matelas mobilisé sur un trimestre entier sans rentrée d'argent

Inclus → exclu

le découvert ne fait plus partie du calcul de ce qui lui reste chaque mois

2 ans

de coaching avec Antoine, sans dérapage budgétaire

Elle sait aujourd'hui ce qu'elle dépense en nourriture, en électricité, en sport. Elle fait des arbitrages entre budgets quand l'un déborde un peu, plutôt que de culpabiliser. Elle s'autorise un petit budget plaisir chaque mois — 30 € pour l'habillement, une somme modeste qu'elle n'utilise d'ailleurs pas toujours. Les achats compulsifs, ceux qui suivaient une mauvaise nouvelle sans qu'elle sache si le budget suivait, ont disparu : elle réfléchit, même dans ces moments-là, et repart parfois les mains vides sans que ce soit un renoncement.

Le rapport au découvert a changé en profondeur. Pendant des années, Anna comptait ce qu'il lui restait en incluant son découvert autorisé dans la somme — comme si c'était à elle. Ce réflexe a disparu.

« Avant, quand je pensais à ce qu'il me restait, j'incluais le découvert. Maintenant, dès que je vois que je suis à moins cinquante, je fais : non, c'est pas possible. »

Anna

Il y a eu une rechute récente, quelques échéances de contrats qui tardaient — la variabilité de son métier ne disparaît jamais complètement. Mais l'épargne de précaution a tenu le choc pendant trois mois, là où avant le coaching il n'y avait tout simplement rien à mobiliser.

« Ça a été ma planche de survie, quand j'ai commencé. Vraiment. »

Anna

Trois choses à retenir de ce parcours, si le vôtre lui ressemble un peu :

  1. Une vision d'ensemble ne dépend pas de ce qu'on gagne. Anna gagnait bien sa vie par intermittence et n'a jamais eu, seule, une vue claire de ses flux. Ce n'est pas un problème de revenu : c'est un problème de méthode.
  2. Prenez rendez-vous avant de trancher seul. Trente minutes avec un coach Plénit, sans engagement, suffisent à savoir si votre situation appelle un ajustement ou un vrai accompagnement.
  3. Commencez par un budget plaisir, pas par une restriction. Anna s'autorise 30 € par mois pour se faire plaisir. Un chiffre modeste, qui a mis fin aux achats compulsifs sans jamais les interdire.

30 minutes.
Aucun jugement.

Un coach regarde votre situation avec vous. Il vous dit ce qui coince — et si Plénit peut vous aider.

L'épisode complet

Écouter Anna raconter son parcours

L'entretien dure une quarantaine de minutes. Il y est question d'un beau-père obsédé par les comptes, d'un chèque de 250 000 € signé en tremblant, et d'un découvert qu'on a fini par arrêter de compter comme un revenu.